RETRAITEE, REINE DU BAZIN !

Les enfants du forgeron n’ont pas peur des étincelles

Proverbe danois

Hawa, Bazin/Illustratif

Hawa, à seulement 58 ans, illustre à merveille qu’une retraite n’est pas synonyme de ralentissement ou de déclin. Au contraire, pour elle, c’est le début d’une seconde vie, plus riche et plus épanouissante. Ancienne assistante de direction d’une société internationale représentée au Mali, elle a pris sa retraite anticipée il y a deux ans. Mais loin de se contenter d’un repos mérité, elle a choisi de plonger corps et âme dans une activité qui lui tenait déjà à cœur : le commerce de bazin.

Ce tissu noble, coloré et raffiné, symbole d’élégance en Afrique de l’Ouest, était depuis longtemps l’âme de la petite entreprise familiale. Ses parents lui avaient transmis non seulement le savoir-faire, mais aussi les valeurs d’honnêteté et de travail acharné. Hawa, qui aidait régulièrement à gérer cette activité pendant qu’elle travaillait encore dans son entreprise, a naturellement pris le relais.

Aujourd’hui, elle est devenue une commerçante prospère, reconnue non seulement à Bamako mais aussi dans plusieurs capitales africaines et même hors du continent. Son parcours est un exemple vivant pour ceux qui pensent que la retraite marque la fin des ambitions.

Des débuts marqués par la rigueur et la patience

Travailler pour une société internationale avait forgé chez Hawa un sens aigu de l’organisation, de la rigueur et de la discipline. Ces qualités, elle les a mises au service de l’entreprise familiale. Déjà, pendant ses années de travail, elle passait une partie de son temps libre à aider ses parents et ses frères et sœurs dans la boutique de bazin. Elle négociait avec les clients, s’occupait de l’inventaire et gérait parfois les relations avec les fournisseurs.

Cette expérience parallèle a été sa véritable école d’entrepreneuriat. Elle savait que le jour où elle prendrait la relève, elle ne partirait pas de zéro. Lorsque la retraite anticipée s’est présentée comme une opportunité – fatigue accumulée, désir de liberté et volonté de donner plus de temps à sa famille – elle n’a pas hésité. Elle a vu dans ce moment une chance de se consacrer totalement à son propre projet.

La renaissance d’une tradition familiale

En reprenant l’activité de ses parents, Hawa a su moderniser sans trahir. Le bazin reste au centre de son commerce, mais elle a développé de nouvelles méthodes de vente et d’écoulement.

  1. La diversification des canaux : elle ne se limite pas au marché local de Bamako. Grâce à ses contacts et à sa maîtrise des outils modernes de communication, elle a su établir des relations commerciales avec des partenaires en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, mais aussi en France, en Belgique et même en Autriche, d’où elle importe certaines variantes de tissus très prisés.
  2. Un marketing de bouche-à-oreille amplifié : Hawa mise sur la satisfaction des clients. Chaque cliente qui porte ses habits devient une ambassadrice. Les couleurs vives, la qualité irréprochable du tissu et la finesse des finitions parlent d’elles-mêmes.
  3. Une relation humaine forte : elle ne vend pas seulement un produit, elle partage une histoire. Chaque pièce de bazin raconte un bout de tradition africaine et de fierté culturelle. Hawa sait valoriser cette dimension dans ses échanges.

Une prospérité au service de sa famille

Le succès de son commerce n’est pas seulement une réussite personnelle, il profite directement à ses proches.

Son mari et surtout ses trois enfants, qu’elle chérit particulièrement, sont au cœur de ses préoccupations :

  • Aminata, 27 ans, jeune mariée, bénéficie du soutien de sa mère dans ses projets de foyer. Hawa n’hésite pas à l’aider financièrement pour s’installer confortablement.
  • Habib, 25 ans, lui aussi marié, trouve auprès de sa mère un appui moral et matériel. Elle est présente à chaque étape importante de sa vie.
  • Fanta, 22 ans, est encore étudiante en Management de Commerce International à Paris. Hawa prend plaisir à financer ses études et à lui envoyer régulièrement de quoi bien vivre. Elle considère l’éducation de ses enfants comme l’investissement le plus noble.

À cela s’ajoute la joie immense qu’elle éprouve auprès de ses deux petits-fils. Ils sont la lumière de ses jours, et elle ne manque jamais une occasion de leur offrir des cadeaux. Pour elle, voir leurs sourires est une récompense bien plus précieuse que les bénéfices financiers.

Une vie de transmission et de partage

Au-delà de sa réussite matérielle, ce qui distingue vraiment Hawa, c’est son envie de transmettre. Consciente que beaucoup de jeunes maliens cherchent leur voie, parfois tentés par l’exode ou découragés par le manque d’opportunités locales, elle a choisi de devenir un modèle accessible.

De temps à autre, elle participe à des rencontres avec des jeunes intéressés par le commerce ou la couture. Elle leur explique les réalités du métier : l’importance de la patience, de la rigueur et du respect des clients. Elle insiste aussi sur la nécessité de croire en ses propres forces et de ne pas céder aux sirènes de la facilité.

« Le bazin est plus qu’un tissu, leur dit-elle souvent, c’est une identité, une richesse culturelle. Si vous le portez avec fierté et que vous le vendez avec passion, vous pouvez construire un avenir solide. »

Ces paroles inspirent. Beaucoup de jeunes qui l’ont rencontrée repartent motivés, certains avec le projet d’ouvrir leur propre boutique, d’autres en rejoignant son réseau de distribution.

La retraite comme nouveau départ

Hawa n’a jamais considéré sa retraite comme une fin. Pour elle, c’est un nouveau départ. Elle répète souvent qu’elle aurait aimé se lancer plus tôt à temps plein dans cette activité, mais elle ne regrette rien. Ses années passées dans une société internationale lui ont apporté une méthodologie et un réseau qui lui servent encore aujourd’hui.

Chaque matin, elle se lève avec enthousiasme, car elle sait qu’elle fait quelque chose qui la passionne. Loin de s’ennuyer, elle jongle entre la gestion de ses stocks, les rendez-vous avec ses clients et les appels de ses partenaires étrangers. Elle voyage parfois pour ses affaires, mais toujours avec le sourire et la certitude de faire ce qu’elle aime.

Un exemple pour toute une génération

L’histoire d’Hawa nous rappelle une leçon essentielle : la retraite ne signifie pas s’arrêter, mais plutôt redéfinir ses priorités. Elle prouve que l’on peut conjuguer traditions familiales et modernité, entrepreneuriat et vie de famille, réussite financière et générosité.

Son parcours inspire non seulement les femmes, mais aussi tous ceux qui se demandent ce qu’ils feront de leur temps après une carrière professionnelle. Hawa démontre qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves et qu’une activité passionnante peut donner un sens nouveau à la vie.


Alors, et vous, quelle retraite voulez-vous vivre ?

L’exemple d’Hawa, 58 ans, retraitée mais plus active que jamais, est une invitation à réfléchir. Elle a pris le relais d’une tradition familiale pour en faire une entreprise florissante, elle a su transmettre des valeurs et soutenir sa famille, tout en s’épanouissant personnellement.

Et vous, que ferez-vous de votre retraite ?

  • Resterez-vous spectateur, ou déciderez-vous d’écrire un nouveau chapitre ?
  • Suivrez-vous la voie de la passion, comme Hawa avec le bazin ?
  • Ou laisserez-vous passer l’opportunité de transformer vos années de maturité en une véritable aventure humaine et entrepreneuriale ?

À travers son histoire, Hawa nous montre qu’il n’y a pas d’âge pour entreprendre, qu’il n’y a pas de limites à l’ambition et qu’une retraite peut devenir le moment le plus riche de toute une vie.

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