PASSER SA RETRAITE AU BÉNIN OU RESTER AU SÉNÉGAL ?

Le choix de la retraite entre racines béninoises et confort sénégalais

L’oiseau qui a appris à voler revient toujours à son nid

Proverbe africain

Dossa et Ramanou dans un restaurant de Dakar

Le soleil couchant de Dakar étendait une lumière dorée sur les terrasses du quartier chic des Almadies. Dans un restaurant huppé, à quelques mètres des vagues de l’Atlantique, deux amis de longue date, Dossa et Ramanou, tous deux cadres expérimentés proches de la retraite, se retrouvaient autour d’un bon plat sénégalais. Un moment simple, mais chargé de réflexions profondes. Leur sujet de discussion ? Le grand tournant de leur vie : comment vivre pleinement et utilement leur retraite.

Dossa, 58 ans, est cadre dans une prestigieuse société internationale de navigation maritime. Au soir d’une carrière faite de ports, de conférences, d’opérations logistiques complexes et de voyages aux quatre coins du globe, il sent le moment venu de revenir à l’essentiel : sa terre natale, le Bénin.

Ramanou, 59 ans, lui, est cadre dans une grande entreprise française de communication basée au Sénégal. Il y a bâti une vie stable et confortable, y compris deux villas, dont l’une lui assure un revenu locatif constant. Dakar est pour lui plus qu’une ville d’adoption ; c’est un carrefour d’opportunités et de relations solides. Et malgré les liens du sang, il doute sérieusement d’un retour au bercail.

Deux visions du monde, deux parcours, une même quête : donner un sens à la retraite

Autour d’un poisson braisé parfaitement assaisonné et d’un bissap bien frais, la conversation s’engage, intense, passionnée et fraternelle.

Dossa ouvre le bal, avec un regard tourné vers l’horizon :

« Mon frère, je crois que je suis prêt. Je veux rentrer au Bénin. J’ai donné le meilleur de moi-même à des multinationales, j’ai navigué sur les mers du monde entier… Mais ce que je veux maintenant, c’est me reconnecter à mes racines. Participer à la vie de ma communauté, peut-être m’investir dans un projet local ou même dans la politique locale. Ce serait dommage de ne pas mettre mon expérience au service de mon pays. »

Ramanou sourit, mais réplique avec la sagesse de celui qui a trouvé son équilibre :

« Je comprends ton envie, Dossa. Moi aussi, je me suis souvent posé la question. Mais regarde : ici à Dakar, j’ai tout bâti. J’ai deux maisons, des amis, un réseau d’affaires… Et puis soyons honnêtes, retourner au pays, c’est aussi se heurter à une réalité à laquelle nous ne sommes plus habitués. Les habitudes ont changé, les gens aussi. Je crains de ne plus m’y retrouver, hormis en vacances avec mes enfants »

Dossa hoche la tête, puis reprend :

« Mais n’est-ce pas justement ce qui doit nous interpeller ? Si ceux qui peuvent contribuer au développement du pays préfèrent rester à l’extérieur, qui fera avancer les choses ? Le Bénin a besoin de nous, de notre expertise. Je veux vivre une retraite active et utile. Et puis, rien ne vaut l’ambiance des matins béninois, les marchés, les palabres au coin des rues, entre autres. »

Une retraite active contre une retraite stratégique

Ce débat, chers lecteurs, n’est pas un simple échange entre amis. Il reflète une dichotomie profonde qui traverse de nombreux Africains de la diaspora ou en poste à l’étranger sur le continent : retourner chez soi ou rester là où l’on a su s’ancrer ?

Ramanou poursuit, dans une logique orientée vers l’efficience :

« Pour moi, la retraite, ce n’est pas arrêter de travailler, c’est changer de rythme. Et ici, à Dakar, j’ai déjà commencé à investir. Mon bien en location me rapporte un revenu consistant régulier. Je participe à des projets de mentorat avec de jeunes entrepreneurs sénégalais. Je ne me sens pas inutile, loin de là. Et puis, j’ai pris goût à cette ville. »

Dossa sourit en coin :

« Dakar, c’est beau, je ne te le cache pas. Mais vivre loin des siens ? Voir son pays évoluer sans y prendre part ? J’ai envie de revoir Abomey, de m’engager dans une association éducative, de transmettre. Peut-être même écrire mes mémoires… »

Quand la retraite devient un projet de vie

Ce qui frappe dans cette discussion, c’est que la retraite n’est pas une fin, mais bien un nouveau commencement. Dossa et Ramanou refusent de la concevoir comme une période d’attente ou de repli. Pour eux, c’est une opportunité de réorienter leur énergie vers ce qui compte vraiment.

Et c’est là que leur conversation devient véritablement inspirante.

Dossa envisage la retraite comme un retour aux sources, avec une mission sociale, communautaire, presque politique. Un besoin de réparer le fil du temps, de réinjecter dans son pays ce que le monde lui a donné.

Ramanou, quant à lui, voit la retraite comme une continuation fluide de ses acquis, une consolidation de ses investissements et un développement de ses réseaux d’influence. Il veut éviter les ruptures, les chocs de réadaptation, et rester dans un écosystème qu’il maîtrise.

Que feriez-vous à leur place, chers/chères lecteurs/lectrices ?

Ce qui rend cette conversation captivante, c’est qu’elle nous force, nous aussi, à réfléchir. À nous projeter.

  • Préféreriez-vous rentrer dans votre pays d’origine pour y jouer un rôle actif, quitte à vous réadapter à une réalité parfois dure ?
  • Ou continuer à évoluer là où vous avez construit confort, sécurité, réseau, et possibilités de revenus ?

Aucune réponse n’est meilleure que l’autre. Ce sont deux choix valables, deux philosophies de la vie.

Ce que Dossa et Ramanou nous rappellent, c’est que la retraite ne doit pas être subie, mais pensée, planifiée et vécue avec intention. Ce n’est pas une mise à l’écart, mais une autre étape d’influence.

Alors que le soleil finit de plonger derrière l’Atlantique, les deux amis se lèvent, repus mais pensifs. Dossa a peut-être déjà en tête les contours de sa future fondation au Bénin. Ramanou, lui, vérifie les notifications de son groupe d’investisseurs sénégalais.

Ils se serrent la main avec chaleur. Chacun convaincu de son chemin, mais enrichi par les arguments de l’autre, se dirige vers sa voiture.

Leur conversation, au-delà des mots, pose une question essentielle à tous ceux qui approchent la retraite : comment vivre pleinement cette nouvelle étape en restant aligné avec ses valeurs, ses rêves et sa réalité ?

Et vous, chers lecteurs/lectrices la retraite, vous la rêvez comment ?

Rentrer au pays, ou rester là où la vie vous a conduit ? Être acteur local ou global ? Laisser une trace dans sa communauté ou dans un écosystème plus large ?

Quelle que soit votre réponse, une chose est certaine : ne laissez pas la retraite vous surprendre. Faites-en votre plus beau projet de vie.

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