Une retraite est plus belle lorsqu’elle sourit au présent et son repos plutôt que de regarder le passé et son bilan
Jacques Nteka Bokolo

Quand on évoque la retraite, beaucoup pensent à une vie ralentie, faite de promenades tranquilles, de siestes et de longues soirées à regarder le temps filer. Mais pour Abalo, 62 ans, ancien cadre d’une organisation internationale de développement, la retraite n’a rien eu d’une fin. Bien au contraire : elle a marqué le début d’une deuxième carrière aussi palpitante qu’épanouissante.
Son histoire, riche de rebondissements et d’enseignements, démontre qu’avec de la préparation, de l’audace et la volonté de partager ses compétences, la retraite peut devenir une nouvelle jeunesse.
La carrière d’un bâtisseur de projets
Pendant vingt-cinq ans, Abalo a travaillé dans une organisation de développement réputée au Togo. À travers son poste de cadre supérieur, il a participé à l’élaboration et la mise en œuvre des projets qui ont transformé des communautés entières en Afrique : infrastructures rurales, programmes de formation, accompagnement des PME locales.
Chaque mission l’amenait à voyager, à rencontrer des décideurs, des chefs d’entreprises, des jeunes entrepreneurs et des communautés de terrain. Année après année, il accumulait une richesse inestimable : une expérience pratique et stratégique unique, mais aussi un carnet d’adresses solide. Quand l’heure de la retraite a sonné, Abalo n’était pas inquiet, mais il se demandait ce qu’il allait bien pouvoir faire de cette énergie qui l’habitait encore. Avait-il envie de se contenter de cultiver son jardin et de jouer au grand-père ? Pas vraiment. Très vite, il a trouvé une réponse claire : mettre son expertise au service du continent en tant que consultant indépendant.
Une renaissance professionnelle inattendue
Dès les premiers mois de sa retraite, les appels ont commencé à pleuvoir. Des organisations, publiques comme privées, sollicitaient son savoir-faire. En quelques semaines, son agenda ressemblait à celui d’un ministre.
« Je croyais que ma retraite serait synonyme de calme. Mais j’ai vite réalisé que la demande pour des profils comme le mien était énorme. Je suis parfois plus occupé qu’avant ! », confie-t-il avec un sourire.
Aujourd’hui, Abalo enchaîne les missions de conseil à travers le continent africain : audit de projets, élaboration de stratégies de développement, accompagnement de jeunes entreprises sociales. Ces missions sont non seulement juteuses financièrement, mais elles lui apportent surtout un sentiment profond d’utilité.
« Je ne suis pas en train de m’accrocher à un passé. Je suis en train de créer un présent qui a du sens. C’est ça qui me garde vivant et enthousiaste. »
Le soutien et les frustrations de la famille
Dans cette aventure, sa femme Nadège joue un rôle central. C’est elle qui veille à maintenir l’équilibre entre la vie professionnelle trépidante de son mari et les besoins affectifs de la famille.
Leurs quatre enfants, eux aussi, observent avec admiration cette nouvelle vie. Biova, l’aînée déjà mariée, admire la détermination de son père. Tona et Esso, étudiants, y voient un modèle de persévérance. Quant au benjamin, Junior, encore en terminale de management à Lomé, il rêve déjà d’emboîter le pas à son père.
Mais tout n’est pas rose. Les voyages fréquents d’Abalo suscitent parfois des frustrations. Nadège et les enfants regrettent ces absences prolongées, ces anniversaires manqués, ces moments de partage interrompus.
« Papa, tu es toujours entre deux avions ! » lance souvent Junior, mi-sérieux, mi-amusé.
Abalo reconnaît cette tension. Mais il insiste : « Je fais tout cela aussi pour vous. Mon travail m’épanouit, mais il nous permet aussi de maintenir un niveau de vie confortable, de financer vos études, et de rester dans une dynamique positive. »
Une retraite qui n’en est pas vraiment une
L’un des paradoxes de la vie d’Abalo est qu’il oublie souvent qu’il est à la retraite. Sa semaine type ressemble à celle d’un consultant en plein milieu de carrière : appels internationaux, rapports stratégiques à préparer, ateliers à animer, conférences à donner.
« Parfois, je dois me rappeler que j’ai quitté officiellement mon poste. Mais la vérité, c’est que je me sens encore actif, encore debout, encore utile. Et cela, c’est une grande victoire personnelle. »
Ce choix de rester actif n’est pas qu’une question financière. Certes, les honoraires confortables lui permettent de bien vivre, mais ce qui le motive vraiment, c’est la valorisation de son expérience.
Il a passé un quart de siècle à résoudre des problèmes complexes, à fédérer des équipes multiculturelles, à implémenter des projets ambitieux. Aujourd’hui, il se réjouit de transmettre ce bagage à une nouvelle génération de dirigeants, d’entrepreneurs et de décideurs.
Le bonheur d’élargir ses horizons
Chaque mission est aussi une opportunité d’élargir ses relations. À Abidjan, à Dakar, à Nairobi, à Accra, Abalo noue de nouveaux contacts. Des rencontres fortuites deviennent souvent des amitiés durables.
« À 62 ans, je vis une seconde jeunesse sociale. Je découvre de nouveaux horizons, de nouvelles cultures, de nouvelles façons de voir le monde. Cela m’empêche de sombrer dans la monotonie et me garde alerte. »
Ce réseau grandissant est pour lui une véritable richesse. Car plus que les honoraires, ce sont les relations humaines qui nourrissent son enthousiasme. Il dit souvent : « Chaque mission est une école. Et moi, je continue d’apprendre chaque jour. »
Les leçons de l’expérience d’Abalo
Le témoignage d’Abalo regorge d’enseignements pour tous ceux qui approchent la retraite :
- Ne jamais sous-estimer sa valeur. Les années accumulées dans un domaine font de vous une ressource précieuse.
- Préparer sa sortie. Avant de quitter son poste, Abalo avait déjà réfléchi à comment il pourrait réutiliser son expérience.
- Rester actif. La retraite n’est pas synonyme d’inactivité, mais peut être l’occasion de redéfinir ses priorités.
- Cultiver son réseau. C’est souvent le carnet d’adresses accumulé au fil des ans qui ouvre les portes des nouvelles opportunités.
Impliquer la famille. Même si les absences sont parfois lourdes, la transparence et le dialogue permettent de maintenir la cohésion familiale.
Un modèle pour les générations futures
Pour ses enfants, Abalo est plus qu’un père. Il est un modèle de discipline, de courage et de persévérance. « Papa nous montre que la retraite n’est pas une fin, mais une transformation », confie Tona.
Même Nadège, qui regrette parfois ses voyages, reconnaît que cette vie active donne à son mari un rayonnement particulier. « Il revient toujours avec des histoires nouvelles, des expériences enrichissantes, des idées pleines de fraîcheur. On sent qu’il est heureux, et c’est ce qui compte le plus. »
Junior, le benjamin, conclut souvent en plaisantant : « Si la retraite c’est ça, alors j’ai hâte d’y être moi aussi ! »
La retraite, un début et non une fin
L’histoire d’Abalo est un témoignage puissant : la retraite ne marque pas forcément la fin d’une vie professionnelle. Pour certains, elle peut être le tremplin vers une nouvelle aventure, plus libre, plus choisie, plus épanouissante.
À 62 ans, il continue d’écrire de nouvelles pages de son histoire, non plus comme un salarié, mais comme un acteur indépendant, respecté et sollicité. Et même si ses proches aimeraient parfois le voir davantage à la maison, tous reconnaissent que sa vitalité et son engagement sont une source d’inspiration.
Alors, si vous vous approchez de la retraite et que vous craignez de tomber dans l’ennui, souvenez-vous d’Abalo. Son parcours prouve qu’il est possible de transformer cette étape en une renaissance professionnelle et personnelle.
Et vous, comment imaginez-vous votre retraite ? Comme une pause… ou comme le début d’une nouvelle aventure ?