IRMA, LA GRAND-MERE VOYAGEUSE : UNE RETRAITE QUI INSPIRE

Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace

Proverbe senegalais

Les enfants sont la richesse des vieillards.

Proverbe africain

Grand’mère voyageuse/Illustratif

Irma, la grand-mère qui fait de la retraite une aventure

Il y a des moments dans la vie où tout s’aligne, comme une évidence. Pour Irma, 61 ans, ce moment a été sa retraite. Non pas une fin, mais un nouveau départ; un retour à l’essentiel, à la famille, aux liens et à la liberté d’aimer sans horloge.

Ancienne institutrice dans l’enseignement public sénégalais, Irma a dédié plus de trois décennies à transmettre le savoir avec une patience infinie et un amour sincère pour les enfants. Mais depuis qu’elle a rangé les craies et fermé pour la dernière fois la porte de sa salle de classe, ce n’est pas la nostalgie qui l’a gagnée, mais une profonde gratitude.

« J’ai passé ma vie à m’occuper des enfants des autres. Maintenant, c’est à mes petits-enfants que je veux donner le meilleur de moi. »

Une transition naturelle : de la maîtresse à la maman à plein temps

Beaucoup redoutent le vide que laisse une carrière derrière soi. Pas Irma. Elle savait déjà ce qu’elle voulait : être présente pour ceux qui comptent le plus.

Ses quatre enfants vivent aux quatre coins du monde : Maguette, la plus jeune, est restée à Dakar. Fatou vit à Lyon. Khady est à New York et Astou à Atlanta.

Un tel éloignement aurait pu être source de solitude. Mais Irma a décidé de transformer cette distance en opportunité de voyager, de découvrir, et surtout, d’être présente – réellement présente – dans la vie de ses proches.

« Je ne veux pas être juste une voix sur WhatsApp. Je veux des bras autour du cou, des rires à la maison et des souvenirs plein le cœur. »

C’est ainsi qu’est née sa nouvelle vie : celle d’une grand-mère nomade, une valise à la main et l’amour en bagage principal.

Quand la retraite rime avec envol permanent

Si vous l’apercevez à l’aéroport de Dakar, vous ne pourrez pas la manquer : silhouette élégante, foulard coloré, regard pétillant et une valise bien rodée, toujours remplie de cadeaux, de douceurs maison et d’épices qui rappellent le pays.

Avec humour, elle résume sa vie :

« Ma retraite ? C’est entre Air Sénégal, Air France et Delta Airlines ! »

Mais derrière ce ton léger se cache une vérité plus profonde : la liberté. Celle de choisir son rythme, ses moments, ses destinations. Fini les réveils matinaux, les réunions, les corrections. Place aux balades avec les petits, aux découvertes et aux moments de pur bonheur partagé.

Chaque voyage est une leçon de vie. À Lyon, elle découvre le fromage et les marchés de Noël. À New York, elle goûte à l’immensité et à la neige. À Atlanta, elle s’émerveille devant les grands espaces et la chaleur humaine du Sud. Et à Dakar, elle recharge son cœur auprès de ses racines, de la mer, de ses amies et de ses souvenirs.


“Maman Irma” : plus qu’une grand-mère, une deuxième maman

Ses petits-enfants l’appellent “Maman Irma”. Et ce surnom, elle le porte comme une médaille. Pour eux, elle est un pilier, une présence rassurante, une tendresse incarnée.

Maguette se souvient :

« Quand j’ai accouché de mon deuxième fils, maman est venue passer trois mois à la maison. Elle se levait la nuit, préparait le petit déjeuner, chantait des berceuses en wolof… Elle était mon ange gardien. »

Irma prend son rôle très à cœur. Dès qu’une de ses filles attend un bébé, elle se prépare. Elle cuisine, congèle des plats traditionnels, réserve son billet et s’envole.

« Je me sens utile, dit-elle. Quand mes enfants étaient petits, j’étais souvent débordée par le travail. Aujourd’hui, c’est à mon tour de leur faciliter la vie. »

Et elle le fait avec une joie lumineuse, des étoiles dans les yeux chaque fois qu’elle évoque les premiers pas, les premiers mots, les petits chagrins ou les grandes joies de ses petits-enfants.

Une vie simple, mais remplie de sens

Certains lui demandent pourquoi elle ne lance pas une activité, une association, quelque chose de “concret” comme tant d’autres retraités.

Sa réponse est claire :

« Je n’ai rien à prouver. J’ai travaillé et j’ai élevé mes enfants. Maintenant, je veux juste aimer et être aimée. »

Et cette philosophie touche ceux qui croisent sa route. Dans son quartier, à Dakar, elle est respectée, admirée. Toujours souriante, toujours disponible. Pour beaucoup, elle semble être en vacances éternelles.

Elle rit :

« Ce n’est pas des vacances. C’est ma mission. Dieu m’a confié une famille, je la chéris avec gratitude. »

Une retraite apaisée, sans manque ni regrets

Pas de solitude. Pas d’ennui. Chez Irma, les journées sont pleines : appels vidéos, visites, départs, retours, discussions de quartier, promenades en bord de mer…

« Ma retraite, c’est du mouvement, de l’amour. Si je ne bouge pas, je m’éteins. »

Côté santé, elle rayonne. Elle marche chaque jour, mange sainement, médite. Mais surtout, elle vit avec le cœur.

« Quand on fait les choses par amour, le corps suit. Je ne me fatigue jamais d’aimer. »

Ce que nous apprend le parcours d’Irma

L’histoire d’Irma casse les clichés. La retraite n’est pas forcément une cassure. Elle peut être un renouveau.

Voici ce que son exemple nous enseigne :

  1. On peut être utile sans être “productif”
    Irma ne génère pas de revenu, mais elle crée du lien, elle soulage, elle accompagne. Et c’est inestimable.
  2. La retraite est un rythme à choisir soi-même
    Elle a trouvé le sien : fluide, joyeux, sans pression.
  3. Aimer est une vocation à plein temps
    Ses voyages ne sont pas du tourisme. Ce sont des actes d’amour.
  4. Le bonheur est dans la manière de vivre chaque instant
    Elle a laissé les cahiers pour les dessins d’enfants. Et elle a gagné la paix intérieure.

Un message d’espoir pour les retraités d’ici et d’ailleurs

A ceux qui approchent de la retraite ou qui viennent d’y entrer, Irma adresse ce message :

« Ce n’est pas parce que vous arrêtez de travailler que vous arrêtez d’avoir une mission. Votre mission change, c’est tout. »

Et peut-être que c’est ça, le vrai sens de la retraite : continuer à servir, autrement. Avec plus de douceur, plus de présence et plus d’humanité.

Le bonheur, c’est du temps offert avec amour

Aujourd’hui, Irma prépare son prochain départ pour Lyon. Fatou attend un bébé, et Irma sera là. Comme toujours. Avec des valises pleines d’amour, et des bras prêts à bercer.

Mais avant de s’envoler, elle va comme à son habitude à la plage de Ngor. Elle regarde l’océan, ferme les yeux, et murmure :

« Merci, Seigneur, de me donner encore la force d’aimer. »

Et peut-être que là, dans cette simple prière, se cache le plus beau secret d’une retraite heureuse.

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