A coeur vaillant, rien d’impossible

Il y a des histoires qui redonnent foi en la capacité de chacun à se réinventer, peu importe l’âge ou les circonstances de la vie. Celle de Dagan, une veuve togolaise de 64 ans, fait partie de ces récits qui méritent d’être partagés. Ancienne fonctionnaire de l’administration publique, elle a choisi de transformer ses dernières années d’activité en tremplin vers un nouveau départ : devenir commerçante. Aujourd’hui, tout le monde croit qu’elle a toujours été femme d’affaires, tant son aisance et sa réussite impressionnent. Pourtant, son parcours est le fruit d’une vision claire, d’une préparation minutieuse et d’une persévérance hors du commun.
Une vie marquée par la rigueur du service public
Pendant plus de trois décennies, Dagan a servi l’État togolais avec discipline et abnégation. Comme beaucoup de fonctionnaires de sa génération, elle croyait en la stabilité qu’offrait le service public. Mais derrière cette stabilité se cachaient des limites : un salaire modeste, peu d’opportunités d’évolution et une retraite qui, bien souvent, ne permettait pas de vivre décemment.
« Je savais que si je comptais uniquement sur ma pension, je serais limitée dans mes projets, et mes enfants risqueraient d’en souffrir », confie-t-elle aujourd’hui.
Cette lucidité n’est pas née du jour au lendemain. Elle a germé au fil des années, au contact de collègues retraités qui peinaient à joindre les deux bouts. Elle voyait des anciens cadres, jadis respectés et enviés, sombrer dans l’oubli, dépendants de leurs enfants ou de la générosité de la famille. Dagan savait qu’elle voulait une autre réalité pour elle et pour ses enfants.
Le déclic cinq ans avant la retraite
A 55 ans, alors que beaucoup de ses collègues commençaient à compter les jours avant leur départ, Dagan, elle, a choisi d’investir dans son avenir. Elle a lancé discrètement une petite activité de commerce parallèle : l’importation de produits européens prisés par la classe moyenne togolaise, notamment des accessoires ménagers, et la vente de draps confectionnés localement par des artisans.
Pourquoi ces produits ? Parce qu’elle avait flairé deux opportunités :
- La soif de qualité européenne : Beaucoup de Togolais considéraient encore les articles importés d’Europe comme un gage de prestige et de durabilité.
- La valorisation du local : En parallèle, une classe croissante de consommateurs recherchait des produits locaux bien finis, comme les draps confectionnés par des couturiers togolais.
Elle a donc décidé de marier ces deux tendances : proposer à la fois l’exotisme de l’importé et la fierté du local.
Une transition en douceur mais ferme
Au début, Dagan gérait ce commerce le week-end et en soirée. Elle passait ses samedis dans les marchés de Lomé, discutant avec ses clients, apprenant leurs préférences, ajustant son offre. Cette discipline lui permettait d’acquérir une expérience précieuse sans compromettre son emploi de fonctionnaire.
Ce fut un apprentissage exigeant : négociation avec les fournisseurs, gestion du stock, suivi des finances… Mais Dagan avait deux atouts majeurs :
- Une rigueur administrative acquise dans la fonction publique ;
- Un sens aigu de l’organisation, forgé par sa condition de veuve devant élever quatre enfants seule.
Au fil des ans, son petit commerce prit de l’ampleur. Si bien qu’au moment où elle prit officiellement sa retraite, à 60 ans, elle n’entrait pas dans l’inconnu : elle disposait déjà d’une activité solide, avec une clientèle fidèle.
Une retraite active et prospère
Contrairement à bon nombre de ses collègues qui voyaient la retraite comme une fin, Dagan la percevait comme le début d’une seconde vie. Libérée des contraintes administratives, elle s’est plongée à corps perdu dans son commerce.
Aujourd’hui, sa boutique ne désemplit pas. Elle propose un mélange unique :
- des produits importés d’Europe qu’elle sélectionne elle-même via des partenaires de confiance,
- et des draps confectionnés par des couturières locales qu’elle soutient et paie équitablement.
Grâce à cette activité, elle subvient à tous ses besoins et assure sans difficulté les études de ses enfants. Trois d’entre eux sont encore étudiants, et elle a la fierté de leur offrir un avenir qu’elle-même n’aurait jamais osé espérer à leur âge.
Son secret ? Elle ne vit pas au-dessus de ses moyens et réinvestit systématiquement une partie de ses bénéfices pour élargir son stock et moderniser son commerce.
L’image d’une commerçante née
Ce qui surprend le plus ses voisins, ses amis et même certains membres de sa famille, c’est la facilité avec laquelle Dagan semble avoir endossé son rôle de femme d’affaires. « On croirait qu’elle a toujours fait ça », disent certains.
Mais derrière cette apparente facilité se cachent des années de préparation, de sacrifices et de travail acharné. Elle n’a pas attendu d’être à la retraite pour se demander : “Et maintenant ?”. Elle avait déjà la réponse, bien rodée, avant même de franchir la porte de sortie de la fonction publique.
C’est cette anticipation qui fait toute la différence.
Une source d’inspiration pour les femmes et les retraités
L’histoire de Dagan inspire de nombreux Togolais, en particulier les femmes et les futurs retraités. Elle montre qu’il est possible de :
- se réinventer après 60 ans,
- vivre dignement de ses efforts,
- et surtout, ne pas se laisser piéger par une retraite passive et précaire.
Pour les femmes veuves, son exemple est d’autant plus marquant. Dans une société où beaucoup pensent encore qu’une femme seule est vouée à la dépendance, Dagan incarne la force et l’autonomie. Elle a prouvé que l’indépendance financière n’est pas une question de chance, mais de vision et de discipline.
Les clés de son succès
Si l’on devait tirer quelques leçons de son parcours, elles pourraient se résumer en cinq points :
- Anticiper avant la retraite : Ne jamais attendre le dernier jour pour réfléchir à sa reconversion.
- Démarrer petit mais sûr : Tester son idée à petite échelle avant de se lancer à plein temps.
- S’appuyer sur ses compétences existantes : La rigueur et la gestion acquises comme fonctionnaire ont servi de socle à Dagan.
- Allier modernité et tradition : En combinant produits importés et draps locaux, elle a séduit une clientèle variée.
- Réinvestir plutôt que dépenser : Son commerce grandit car elle privilégie la croissance à la consommation immédiate.
Une retraite qui redonne sens à la vie
Au fond, l’histoire de Dagan nous rappelle une vérité simple : la retraite n’est pas une fin, mais une opportunité. Beaucoup la redoutent parce qu’ils la confondent avec l’inactivité. Or, il est possible d’en faire un moment de renaissance, à condition de se préparer.
Aujourd’hui, à 64 ans, Dagan rayonne. Elle n’est pas seulement une commerçante prospère, mais aussi une mère épanouie et un modèle pour toute une génération. Elle a transformé une situation qui aurait pu être synonyme de dépendance et de fragilité en un véritable levier de liberté et de dignité.
Et vous, quelle retraite préparez-vous ?
L’histoire de Dagan est une invitation à réfléchir. Peu importe notre âge ou notre statut actuel, il n’est jamais trop tôt pour préparer l’avenir. Comme elle, nous pouvons choisir d’écrire un nouveau chapitre après la carrière officielle. La question est : qu’allons-nous faire de notre retraite ? Allons-nous la subir comme une fin, ou l’embrasser comme une opportunité de renaissance ?