COMMENT METTRE SA RETRAITE AU SERVICE DE L’AMOUR DES ENFANTS !

Il suffit qu’une mère voit sourire son enfant pour être convaincue de la réalité d’une félicité suprême.

Chateaubriand

Aïcha à l’orphelinat Le Sourire/Illustratif

On dit souvent que la retraite est un temps de repos, une période où l’on se retire du monde actif pour enfin souffler, voyager, se consacrer à soi-même. Mais pour certaines personnes, ce moment devient au contraire une opportunité d’embrasser une mission encore plus grande, plus humaine et profondément ancrée dans le sens de leur vie. C’est exactement ce qu’a choisi Aïcha, une institutrice béninoise, aujourd’hui âgée de 60 ans. Après avoir pris sa retraite il y a deux ans, elle aurait pu se replier sur elle-même, profiter de ses enfants et petits-enfants, ou savourer la tranquillité de la vie loin des salles de classe. Mais son cœur, lui, battait toujours au rythme des rires et des pleurs des enfants. Alors, au lieu de fermer ce chapitre, elle en a ouvert un autre : la direction de l’orphelinat Le Sourire.

Une vocation qui ne s’éteint pas avec la retraite

Aïcha a passé plus de vingt-cinq années dans l’éducation, formant des générations entières d’enfants. Pour elle, enseigner n’était pas seulement transmettre des connaissances. C’était surtout créer un lien humain, tendre une main vers des petits êtres qui, parfois, n’avaient que l’école comme refuge, comme lieu d’épanouissement et de reconnaissance.

Certains de ces enfants venaient de milieux défavorisés, d’autres étaient orphelins. Elle les voyait arriver avec des regards empreints de solitude, et elle s’appliquait à allumer dans leurs yeux cette étincelle qui dit: « Je suis aimé, je suis important. »

Lorsque l’heure de la retraite anticipée a sonné à ses 58 ans, beaucoup de ses anciens élèves étaient devenus adolescents ou jeunes adultes. Mais tous gardaient pour elle une affection intacte. Et surtout, certains étaient encore pensionnaires de l’orphelinat Le Sourire, cette institution humanitaire qu’Aïcha avait connue de près, car l’école qu’elle dirigeait collaborait depuis longtemps avec elle.

Le passage naturel vers une nouvelle mission

« Ce n’est pas moi qui ai choisi Le Sourire, confie souvent Aïcha en souriant. Ce sont les enfants qui m’y ont conduite. »

Dès ses derniers mois d’activité en tant que directrice d’école, elle voyait ces enfants revenir vers elle, lui confier leurs petits secrets, leurs difficultés, mais aussi leurs rêves. L’équipe dirigeante de l’orphelinat, consciente de son influence positive, lui proposa un rôle actif une fois libérée de ses obligations scolaires.

À 58 ans, au lieu de savourer une retraite paisible loin des responsabilités, Aïcha a donc pris la direction de l’orphelinat. Une centaine d’enfants et d’adolescents l’y attendaient, la reconnaissant déjà comme une « maman » bienveillante.

Une relation d’amour réciproque

Ce qui frappe immédiatement lorsque l’on observe Aïcha dans son quotidien, c’est l’amour sincère qui circule entre elle et les enfants. On pourrait croire que gérer une centaine de jeunes, souvent marqués par des blessures affectives profondes, relève du défi impossible. Mais Aïcha a ce don rare de transformer la discipline en tendresse et la fermeté en encouragement.

Chaque matin, lorsqu’elle franchit les portes de l’orphelinat, elle est accueillie par une nuée de sourires et de bras qui se tendent. « Maman Aïcha ! », crient-ils, comme s’ils retrouvaient une source de chaleur. Et elle répond à chacun par une caresse, une parole douce ou un conseil ferme mais rassurant.

« Ici, je ne fais pas que travailler, je vis une relation », dit-elle. Une relation faite d’affection, de respect et de reconnaissance mutuelle.

Une retraite différente mais pleinement épanouissante

Il faut le dire : le salaire qu’elle perçoit à la tête de l’orphelinat est modeste. Rien à voir avec ce qu’elle aurait pu espérer d’un poste administratif plus lucratif, ni même avec la tranquillité financière d’une pension bien calculée. Mais ce n’est pas ce qui compte pour elle.

Aïcha se sent riche d’une autre manière : riche de l’amour reçu, riche du sentiment d’être utile, riche d’accomplir une mission qui donne un sens profond à ses journées.

Elle confie même, avec un brin de regret : « J’aurais aimé commencer plus tôt ce travail… Peut-être aurais-je eu plus de force pour en faire encore davantage. »

Le regard de l’équipe et des collaborateurs

Diriger un orphelinat, ce n’est pas seulement vivre entourée d’enfants. C’est aussi gérer une équipe, coordonner des éducateurs, des cuisinières, des veilleurs, des bénévoles et des parrains. Là encore, Aïcha réussit à s’imposer, non par autorité stricte, mais par exemplarité et par son attachement indéfectible aux enfants.

Une grande partie du staff l’apprécie profondément. On dit souvent qu’elle a la capacité de calmer les tensions et de transformer les conflits en dialogue. Elle écoute, conseille, encourage, et surtout, elle rappelle toujours la mission première : les enfants avant tout.

Certes, il y a parfois des difficultés. Tout le monde n’a pas la même vision, les moyens financiers sont limités, et les besoins des enfants grandissent sans cesse. Mais Aïcha s’appuie sur la bonne collaboration déjà amorcée avec les anciens dirigeants, et elle réussit à maintenir un esprit d’équipe motivé autour d’elle.

Vivre un quotidien bien rempli

Les journées d’Aïcha sont rythmées par mille petites responsabilités. Réunions avec les éducateurs, gestion des ressources alimentaires, suivi de la scolarité des enfants, accueil des visiteurs ou des bienfaiteurs… Mais elle ne laisse jamais la paperasse lui voler son vrai plaisir : être avec les enfants.

Il n’est pas rare de la voir s’asseoir sous un arbre avec un groupe d’adolescents, discuter de leur avenir et répondre à leurs inquiétudes. Ou encore de la surprendre en train de chanter avec les plus jeunes, dans une ambiance joyeuse.

Pour elle, l’orphelinat n’est pas seulement une structure : c’est une grande famille.

Une retraite qui redéfinit le mot “travail”

Quand on lui demande si elle ne se fatigue pas trop, elle répond avec ce sourire qui lui est propre :
« Oui, c’est un travail, mais pas comme les autres. Ici, c’est mon cœur qui travaille. »

Cette phrase résume à elle seule la philosophie d’Aïcha. Elle a compris que la retraite ne signifie pas l’arrêt de toute activité, mais plutôt la possibilité de choisir des engagements qui nourrissent profondément l’âme.

Loin de se plaindre de ses nouvelles charges, elle les vit comme un privilège. Elle se dit chanceuse d’avoir trouvé une mission où son expérience d’institutrice et son amour des enfants trouvent un prolongement naturel.

Quelles leçons inspire son parcours ?

Aïcha nous enseigne plusieurs choses :

  1. La retraite peut être un commencement. Plutôt que de signifier une fin, elle peut ouvrir la voie à une nouvelle mission, plus en accord encore avec nos valeurs profondes.
  2. Le bonheur n’est pas toujours lié à l’argent. Malgré un revenu modeste, elle se dit plus heureuse aujourd’hui que dans ses années de carrière.
  3. Les relations humaines sont une richesse inestimable. Le lien tissé avec ses anciens élèves a été la clé qui a ouvert la porte de cette nouvelle aventure.
  4. Aimer son travail, c’est prolonger sa vie. Aïcha le dit elle-même : elle se sent plus vivante que jamais entourée de ses enfants.

Une invitation à réfléchir à sa propre retraite

L’histoire d’Aïcha résonne comme une invitation pour chacun de nous. Que ferons-nous de nos années après la carrière ? Les passerons-nous dans l’ennui, à regretter le passé ? Ou bien choisirons-nous d’embrasser une nouvelle mission, même si elle ne nous enrichit pas financièrement, mais qui enrichit nos cœurs et nos âmes ?

Aïcha montre qu’il est possible de vivre une retraite active, joyeuse et profondément humaine, en se mettant au service d’une cause qui nous dépasse.

Le vrai sens du mot “Sourire”

L’orphelinat qu’elle dirige porte un nom qui ne pouvait pas être mieux choisi : Le Sourire. Car c’est bien cela qu’Aïcha incarne chaque jour. Un sourire lumineux qui rassure les enfants, qui encourage son équipe, et qui inspire tous ceux qui croisent son chemin.

En observant cette femme rayonnante à 60 ans, entourée d’une centaine d’enfants qui l’appellent « maman », on comprend que la retraite n’est pas une fin. C’est, pour certains, l’apogée d’une vie de don et d’amour.

Et peut-être qu’un jour, chacun de nous, en pensant à Aïcha, se demandera : Quelle mission de cœur vais-je choisir pour donner du sens à ma retraite ?


Et vous, si vous étiez à la place d’Aïcha, quelle mission choisiriez-vous pour donner un nouveau souffle à votre retraite ?

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