CHOIX DU RETOUR D’UN RETRAITE : DILEMMES D’UNE GENERATION

La vraie nouveauté naît toujours dans le retour aux sources

Edgar Morin

Discussion sur le retour à Abidjan

Dans un salon spacieux d’une maison familiale nichée au cœur de Dakar, l’atmosphère est teintée d’émotions contrastées. Ce samedi après-midi, le soleil tape doucement sur les volets tandis que résonne une discussion familiale aussi tendre que passionnée. Après un thé, trois jeunes adultes débattent de l’avenir… de leur père, futur retraité.

Ce dernier, âgé de 59 ans, vient d’annoncer qu’il comptait retourner à Abidjan, sa terre natale, pour y vivre paisiblement sa retraite avec sa femme, la mère de nos trois protagonistes. Une décision murement réfléchie, mais surtout fortement soutenue — voire suggérée — par son épouse, lasse de l’expatriation, nostalgique de la chaleur culturelle et familiale ivoirienne.

Mais voilà, les enfants, eux, ont grandi à Dakar. Leurs racines s’étendent désormais au-delà de la Côte d’Ivoire, et chacun voit les choses à sa manière. Ainsi débute une conversation intime et inspirante entre Kone, Karim et Mariame, les trois enfants du couple, tous à un carrefour de leur vie.

Un regard tourné vers la Côte d’Ivoire

Le plus jeune, Kone, 21 ans, est encore étudiant. En dernière année de BTS en génie civil, il observe le monde avec l’enthousiasme et la fraîcheur d’un futur professionnel. Il est celui qui soutient le plus ardemment la décision de ses parents.

« Papa a bien travaillé ici. Il a été exemplaire. Et maman a toujours gardé le cœur à Abidjan. Je pense qu’ils méritent de rentrer, de vivre à leur rythme, dans un endroit où ils pourront vraiment se sentir chez eux. »

Pour Kone, ce retour ne concerne pas que ses parents. C’est aussi une opportunité pour lui de s’insérer dans un marché qu’il connaît peu, mais qui, selon lui, regorge de possibilités. Il parle avec ferveur de la reconstruction d’Abidjan, de la modernisation des infrastructures, des chantiers qui l’attendent.

« Je pourrais trouver un bon poste là-bas. Et puis, c’est le pays. Là-bas, on comprend tes références, ton nom, ton histoire. »

Son enthousiasme contraste avec le réalisme tempéré de son frère aîné.

Entre raison et attachement à la patrie

Karim, 23 ans, travaille depuis deux ans dans une banque de Dakar. Costumé, organisé, toujours posé dans ses propos, il incarne la voix du compromis. Il comprend les motivations de ses parents, mais pour lui, le timing n’est pas encore idéal.

« J’admire leur courage, vraiment. Mais moi, j’ai besoin de consolider ma carrière ici. La banque sénégalaise me donne une formation de qualité, une rigueur. Si je rentre maintenant, je perds l’avantage compétitif. »

Il imagine son retour à Abidjan comme une phase future, une sorte de retour stratégique. Selon lui, il est encore jeune pour y poser ses valises définitivement, mais il ne ferme pas la porte à cette idée.

« J’ai envie de rentrer. Épouser une Ivoirienne et m’investir dans des projets. Mais avec un vrai bagage. Je ne veux pas rentrer juste par sentiment. Il faut que ce soit le bon moment. »

Ce pragmatisme est loin de convaincre Mariame, l’aînée du trio.

L’appel de la stabilité

Mariame, 27 ans, est cadre supérieure dans une entreprise de télécommunication à Dakar. Mariée à un Sénégalais, mère d’un petit garçon, elle incarne cette génération de femmes africaines modernes, autonomes et ancrées dans des trajectoires internationales. Pour elle, le retour au pays n’est plus une option.

« J’ai tout ici. Mon mari, mon travail, ma vie. Repartir à Abidjan ? Pourquoi faire ? Pour recommencer ? J’aime mon pays, j’aime nos traditions, mais aujourd’hui, mon monde est ici. »

Son ton est calme mais ferme. Elle respecte le choix de ses parents, mais elle défend avec ardeur celui de sa propre vie. Elle parle de la sécurité qu’elle a trouvée à Dakar, des opportunités qu’elle y a saisies, de l’équilibre qu’elle a bâti au fil des ans.

« On ne peut pas vivre dans la nostalgie. Papa et maman doivent suivre leur cœur, et moi je suis mon propre chemin. Ce n’est pas un abandon, c’est juste une évolution. »

Elle conclut avec tendresse :

« Je continuerai à leur rendre visite, à envoyer mes enfants passer les vacances là-bas. Mais ma vie, elle est ici. »

Le choc des trajectoires, l’unité dans l’amour

Ce débat, loin d’être un simple échange d’idées, soulève des questions profondes sur l’identité, la mobilité et les racines. Chaque enfant, à travers son expérience, reflète un visage du parcours diasporique africain. Kone, l’espoir du retour actif. Karim, la patience stratégique. Mariame, l’intégration assumée.

Mais au-delà des divergences, ce qui frappe, c’est la profonde affection qui unit cette famille. Chacun parle avec respect, chacun reconnaît la légitimité des choix des autres. Leur père, silencieux dans cette scène, observe avec fierté ces enfants qui, malgré les différences, sont le fruit de son parcours et de celui de sa femme.

Il sait que son retour à Abidjan ne sera pas un retrait, mais une transition. Il reste le père de ces jeunes adultes, le guide discret de leurs routes respectives. Il espère, au fond, que sa maison à Abidjan deviendra un point de rencontre, un refuge, un trait d’union entre deux mondes.

Le dilemme du retour : une question générationnelle ?

Cette histoire familiale n’est pas unique. Elle est même emblématique de nombreuses familles africaines dont les membres sont disséminés entre deux, parfois trois continents. Le retour au pays devient un sujet à la fois intime et politique. Il renvoie à la question : où commence et où finit notre maison ?

Le père veut rentrer pour retrouver une vie simple, se reconnecter avec sa jeunesse, peut-être même participer à la construction du pays. La mère, instigatrice du projet, veut revivre les émotions de ses jeunes années, renouer avec les siens, cultiver un jardin, organiser des fêtes de famille. Les enfants, eux, vivent des dynamiques bien différentes, souvent dictées par les exigences du monde moderne : carrière, stabilité, réseau professionnel.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Doit-on, par respect ou tradition, suivre ses parents dans leur désir de retour au pays ? Faut-il au contraire affirmer sa propre voie, quitte à créer une distance géographique ? Le retour est-il un renoncement ou une renaissance ?

Dans cette histoire, aucun des trois enfants n’a tort. Ils incarnent chacun une réponse possible à un même appel : celui des origines.

Et vous, chers lecteurs et lectrices, que feriez-vous à leur place ? Soutiendriez-vous le retour de vos parents ? Suivriez-vous le mouvement ou resteriez-vous dans votre zone de confort ?

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Votre histoire pourrait éclairer d’autres parcours.

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