Celui qui sert les autres est le vrai roi
Proverbe soufi

Ahmed, du bureau à la mosquée : la retraite d’un homme comblé par la foi et le service
Dans certains quartiers populaires de Conakry, il y a des figures qu’on respecte sans même les connaître personnellement. Des hommes dont la présence inspire calme et confiance. Ahmed fait partie de ceux-là. A 60 ans, cet ancien employé d’une société guinéenne savoure une retraite pas comme les autres : une retraite spirituelle, active et profondément utile à sa communauté.
Son histoire est celle d’un homme qui, après avoir longtemps servi son pays à travers son travail, a trouvé une nouvelle mission : servir Dieu et les hommes.
Une nouvelle page après la Mecque
Ahmed se souvient encore du jour où il a foulé le sol sacré de la Mecque. Ce pèlerinage, qu’il rêvait d’accomplir depuis sa jeunesse, a marqué un tournant dans sa vie. Là-bas, au milieu de millions de fidèles venus du monde entier, il a ressenti une paix intérieure qu’il n’avait jamais connue auparavant.
« J’ai compris que ma vie devait désormais être tournée vers le service spirituel », confie-t-il, le regard apaisé.
De retour à Conakry, Ahmed n’a pas cherché à se reposer, comme beaucoup l’auraient fait après des décennies de labeur. Il a plutôt décidé de mettre son temps, son expérience et sa sagesse au service de sa communauté. Très vite, ses voisins, ses anciens collègues et les fidèles de la mosquée du quartier ont davantage vu en lui un modèle. Sa foi solide, sa parole mesurée et sa capacité à rassembler les gens ont naturellement conduit à sa nomination comme imam du quartier.
Une mission d’écoute et de transmission
Devenir imam n’a jamais été pour Ahmed une question de prestige. Pour lui, c’est avant tout une responsabilité sacrée. Chaque jour, il se lève avant l’aube pour la prière de fajr, puis il passe du temps à méditer sur les versets du Coran.
« Un bon imam doit d’abord être un bon élève du Livre Sacré », aime-t-il répéter.
Sous sa direction, la mosquée est devenue un véritable centre d’apprentissage et de fraternité. Chaque vendredi, il y enseigne les valeurs essentielles de la foi : la sincérité, la patience, la solidarité et la justice. Ses sermons sont simples mais profonds. Il parle avec le cœur, et c’est sans doute ce qui touche tant de fidèles.
Les jeunes du quartier, souvent à la recherche de repères, viennent nombreux l’écouter. Ahmed les accueille avec un large sourire, les appelle par leur prénom, et les encourage à étudier, à travailler honnêtement et à se marier avec sagesse.
Il leur dit souvent :
« Le plus grand djihad, c’est celui que tu mènes contre ton propre égo. »
La force tranquille d’un couple uni
Derrière chaque grand homme, dit-on, se cache une femme exceptionnelle. Dans le cas d’Ahmed, elle ne se cache pas du tout : Safiatou, son épouse depuis plus de trente ans, est bien visible dans toutes les activités du couple.
Âgée de 54 ans, elle est une figure respectée du groupe des femmes de la mosquée. On la consulte, on la sollicite, et elle répond toujours avec bienveillance.
« Ce que fait mon mari, je le considère comme notre mission commune », explique-t-elle.
Elle organise les rencontres féminines, soutient les jeunes mariées, et coordonne les actions sociales : visites aux malades, distribution de repas pendant le Ramadan et soutien aux veuves du quartier. Quand Ahmed prêche, elle observe discrètement depuis l’espace réservé aux femmes, fière et émue à la fois. « Voir mon mari parler avec autant de sagesse et de douceur, cela me rappelle pourquoi je l’ai choisi », dit-elle en souriant.
Une famille au service de la foi
Le couple a quatre enfants : Moussa, Mamane, Abdou et Maïmouna. Tous sont mariés, installés, mais ils n’ont jamais rompu le lien spirituel avec leur père. Chaque semaine, ils passent à la mosquée ou à la maison familiale pour échanger, prier et écouter ses profonds conseils.
Moussa, l’aîné, affirme que son père est « le meilleur coach de vie » qu’il connaisse.
« Il ne nous impose rien, mais il nous fait réfléchir. Quand il parle, tu as envie de t’améliorer. » Le dimanche, jour de repos dans le pays, la maison d’Ahmed se transforme en lieu de retrouvailles. Après la prière, on partage le thé, on discute, on rit, on évoque les versets du Coran que chacun a médités. Ces moments de convivialité sont précieux.
Ils montrent qu’une famille unie par la foi est une force indestructible.
De la routine professionnelle à la plénitude spirituelle
Avant sa retraite, Ahmed était un employé modèle dans une société guinéenne d’import et export. Sérieux, ponctuel, loyal, il a gravi les échelons sans jamais perdre son humilité. Mais il avoue qu’à l’époque, malgré le confort matériel, il lui manquait quelque chose.
« Le travail nourrissait mon corps, mais pas toujours mon âme. »
Depuis qu’il a endossé le rôle d’imam, il dit se sentir « utile d’une manière plus profonde ». Ce qu’il donne aujourd’hui n’a pas de prix : des paroles qui réconfortent, des prières qui apaisent et des conseils qui orientent.
Et en retour, il reçoit un trésor invisible mais immense : la reconnaissance et l’amour de sa communauté.
Un modèle de solidarité communautaire
Sous son impulsion, la mosquée a lancé plusieurs initiatives sociales :
- Une caisse de solidarité pour venir en aide aux familles démunies ;
- Des cours du soir gratuits pour les enfants du quartier ;
- Un groupe d’entraide entre commerçants pour favoriser les échanges équitables ;
- Et surtout, une bibliothèque coranique que les jeunes fréquentent avec assiduité.
Ces actions, modestes au départ, ont transformé la vie du quartier. Les tensions ont diminué, les solidarités se sont renforcées, et l’esprit de fraternité musulmane s’est concrétisé.
Ahmed aime répéter :
« L’islam n’est pas seulement une religion de prières. C’est une école de vie, de partage et de paix. »
Un retraité pleinement épanoui
Pour beaucoup, la retraite rime avec inactivité ou nostalgie. Pour Ahmed, elle est devenue synonyme de renaissance.
Chaque jour, il se lève avec un but clair.
Chaque soir, il se couche avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose de bien.
« Quand un fidèle vient me dire que mes paroles ont changé sa manière de voir la vie, je remercie Allah. C’est mon plus grand salaire », dit-il simplement.
Son regard brille quand il évoque ses fidèles, surtout les plus jeunes. Il les considère comme ses enfants spirituels.
Certains viennent le consulter pour des projets de mariage, d’autres pour des difficultés professionnelles, ou simplement pour chercher un mot d’encouragement.
Et Ahmed trouve toujours les mots justes.
Le secret de sa sérénité
Interrogé sur ce qui fait sa paix intérieure, Ahmed répond sans hésiter :
« C’est la reconnaissance. Quand on apprend à remercier Dieu pour chaque souffle, chaque sourire, chaque épreuve, on vit léger. »
Il médite souvent sur ce verset du Coran :
“Ceux qui croient et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation d’Allah… N’est-ce point par l’évocation d’Allah que se tranquillisent les cœurs ?” (Sourate 13, verset 28)
Ce verset, il le répète souvent à ses fidèles pour leur rappeler que la paix véritable ne se trouve pas dans les biens matériels, mais dans la proximité avec Dieu et les autres.
Leçons de vie d’un homme accompli
L’histoire d’Ahmed est une leçon de vie pour tous les retraités — et même pour ceux qui n’y sont pas encore. Elle nous rappelle qu’on peut toujours trouver une nouvelle mission, un nouveau sens à son existence.
Il prouve qu’on ne vieillit pas quand on cesse de travailler : on vieillit quand on cesse d’aimer, de partager et de croire.
Ahmed nous enseigne que la retraite peut être le moment idéal pour :
- Se rapprocher de ses valeurs profondes ;
- Transmettre son expérience à la jeune génération ;
- Servir la communauté ;
- Cultiver la paix du cœur et de l’esprit
Un message pour les lecteurs et lectrices
Quand on lui demande quel conseil il donnerait à ceux qui s’approchent de la retraite, Ahmed répond avec son sourire habituel :
« Ne voyez pas la retraite comme une fin, mais comme un début. Le monde a encore besoin de vous, même si ce n’est plus dans un bureau. Trouvez votre façon d’être utile, et votre cœur sera en paix. »
Ses paroles résonnent comme un rappel essentiel dans une époque où beaucoup redoutent ce passage. Ahmed, lui, l’a transformé en bénédiction.
Le parcours d’Ahmed, ancien employé devenu imam, illustre magnifiquement la puissance de la reconversion spirituelle et communautaire.
Dans un monde souvent centré sur la réussite matérielle, il montre qu’une vie pleinement réussie se mesure aussi à la lumière qu’on apporte autour de soi.
Sa femme, ses enfants, ses fidèles : tous témoignent de la richesse intérieure d’un homme simple, sincère et inspirant.
Et dans le calme de sa mosquée, quand le muezzin appelle à la prière du soir, Ahmed lève les mains vers le ciel, reconnaissant d’avoir trouvé dans la foi ce que le travail seul ne pouvait lui donner : la paix du cœur.
A vous chères lectrices et chers lecteurs !
Et vous, chers lecteurs, si vous étiez à la place d’Ahmed, quelle serait votre mission de cœur après la retraite ?
Serait-elle spirituelle, communautaire ou familiale ?
Réfléchissez-y… car peut-être que votre nouvelle vocation n’attend qu’un signe pour commencer.