Le fleuve n’oublie jamais sa source, même lorsqu’il traverse d’autres terres
Proverbe africain

A 70 ans, on ne célèbre plus la vie de la même manière qu’à 40 ou 50 ans.
Il n’y a plus rien à prouver.
Plus rien à exhiber pour impressionner.
Il y a simplement une envie profonde : être entouré, être en paix et être aligné.
C’est exactement dans cet esprit que Rafiatou, béninoise d’origine yoruba, retraitée, résidente au Québec, a célébré son 70ᵉ anniversaire.
Ella a organisé une célébration sans faste inutile, mais riche de sens, de chaleur humaine et de mémoire.
Une retraite qui apprend à ralentir
Depuis plusieurs années déjà, la retraite a appris à Rafiatou une chose essentielle :
le temps n’est plus un adversaire à dompter, mais un allié à apprivoiser.
Installée au Canada avec son mari Jérôme, Canadien de naissance, elle a construit une vie équilibrée entre deux cultures, deux rythmes et deux visions du monde.
Ce jour-là, elle n’a pas voulu d’un grand événement.
Elle a voulu un moment vrai.
Autour d’elle :
- Jérôme, compagnon attentif et respectueux de ses racines
- Leurs deux enfants, fruits d’un métissage heureux, arrivés avec leurs compagnes
- Leurs quatre petits-fils, symboles vivants de la continuité
Il n’y a pas d’invités superflus.
Aucun discours interminable n’a été prononcé.
Juste la famille y était rassemblée. Le cœur de la vie.
La sobriété comme choix conscient
Dans un monde où l’on confond souvent bonheur et démonstration, Rafiatou a fait un choix à contre-courant :
celui de la sobriété assumée.
Sobriété dans le nombre d’invités.
Sobriété dans le décor des lieux.
Mais la richesse dans l’intention y était manifestement ressentie.
Chaque détail avait un sens.
Chaque geste était habité.
« Le bonheur ne se crie pas sur la place du marché, il se vit à l’intérieur de la maison. »
— Proverbe africain
À 70 ans, elle sait que le vrai luxe, c’est de pouvoir s’asseoir à table avec ceux qu’on aime, sans contrainte, et surtout sans masque.
Une table chargée de mémoire et de transmission
Comme souvent dans les familles béninoises, la cuisine a été le cœur battant de la célébration.
Rafiatou tenait à ce que son Bénin natal soit présent, non pas par nostalgie, mais par fidélité.
Sur la table, deux mets typiquement béninois occupaient une place centrale :
- L’Amiwo à la sauce tomate et poulet bien frit
Ce plat emblématique, à base de farine de maïs cuite dans une sauce tomate parfumée, était accompagné de poulet délicieusement frit à la béninoise.
Un plat simple, nourrissant, profondément ancré dans les souvenirs d’enfance.
- La pâte noire avec sauce gombo
Préparée avec patience, la pâte noire rappelait les repas familiaux, ceux qui rassemblent et apaisent.
La sauce gombo, onctueuse et généreuse, apportait cette texture familière qui parle immédiatement au cœur des Béninois.
Et parce que la vie de Rafiatou est aussi une histoire d’intégration réussie, un plat typiquement canadien s’est naturellement invité à la table :
- La tourtière canadienne maison
Ce plat traditionnel du Québec, riche et convivial, symbolisait son pays d’adoption.
Un clin d’œil respectueux, posé à côté des mets béninois, sans rivalité et sans hiérarchie.
Cette table n’était pas un compromis.
C’était une réconciliation.
Le gâteau, simple et chargé de sens
Après le repas, le gâteau d’anniversaire est arrivé.
Il n’était ni démesuré ni spectaculaire.
Un gâteau élégant, préparé avec soin avec très peu de sucre, et décoré sobrement.
Soixante-dix bougies.
Soixante-dix années de vie.
Rafiatou a pris un instant de silence.
Elle a bien retenu son souffle avant de souffler les bougies aidée par ses petits-fils chéris.
Elle n’a pas fait de vœu matériel.
Elle a simplement remercié.
Pour la santé encore présente.
Pour la famille unie.
Pour cette paix intérieure que seule l’expérience apporte.
Penser au Bénin sans amertume
Tout au long de la journée, le Bénin était dans ses pensées.
Mais sans tristesse.
Sans regret.
Rafiatou ne vit pas dans l’idée qu’elle a « quitté » son pays.
Elle vit avec la certitude qu’elle l’a emporté avec elle.
La retraite lui a appris que l’identité n’est pas un lieu fixe.
C’est une mémoire vivante.
« L’arbre peut changer de sol, mais ses racines savent d’où elles viennent. »
— Proverbe africain
Une leçon silencieuse pour la diaspora africaine
Sans discours, sans manifeste, Rafiatou a livré ce jour-là une leçon précieuse à beaucoup de retraités de la diaspora :
- On peut vieillir dignement loin de son pays
- On peut honorer ses origines sans y vivre physiquement
- On peut célébrer sans excès et ressentir profondément
A 70 ans, elle ne cherche plus à choisir entre ici et là-bas.
Elle est.
Jérôme, présence discrète et essentielle
Jérôme observait, aidait et souriait.
Il connaît l’importance de ces plats, de ces souvenirs et de cette date.
Il sait que l’amour mature ne demande pas à l’autre d’oublier ses racines.
Il lui offre l’espace pour les faire vivre.
Les petits-fils, avenir incarné
Les rires des quatre petits-fils ont ponctué la journée.
Ils ne connaissent peut-être pas tous les villages du Bénin.
Ils ne parlent pas forcément les langues locales.
Mais ils grandissent dans une maison où l’on sait d’où l’on vient.
La transmission est déjà en marche.
Ce que les 70 ans de Rafiatou nous rappellent
Cette célébration nous enseigne une chose essentielle :
la retraite n’est pas un effacement.
C’est une mise en cohérence.
A 70 ans, Rafiatou n’est ni en attente, ni en regret.
Elle est en paix.
Et parfois, c’est tout ce dont une vie a besoin pour être pleinement réussie.
Et Vous ? Qu’en pensez-vous ?
La retraite est-elle une mise en cohérence ?
Nous sommes curieux de connaitre votre avis sur le sujet.