COMMENT VIT FOGAN, LE SAGE RETRAITE ACTIF ET PAISIBLE

Le talent se développe dans la retraite ; le caractère se forme dans le tumulte du monde

Johan Wolfgang Goethe

Fogan dans son moulin

Dans les plateaux verdoyants et le calme enchanteur de Notse, petite ville historique du sud du Togo, vit un homme dont la sagesse et la prévoyance inspirent admiration et respect. À 62 ans, Fogan, ancien assistant financier, profite pleinement de sa retraite, mais loin de l’oisiveté que certains associent à cette étape de la vie. Il a su transformer ces années en une période d’épanouissement, d’utilité et de sérénité.

Une retraite bien préparée : la clé d’une transition réussie

Fogan n’a jamais été du genre à laisser les choses au hasard. Pendant les quinze années passées au sein d’une société de la place à Lomé en tant qu’assistant financier, il avait en tête un seul objectif : assurer une retraite paisible et productive dans sa ville natale.

« Je voyais mes collègues partir à la retraite sans plan, puis revenir après deux ou trois ans demander de l’aide ou chercher un petit boulot pour survivre. Je me suis juré que je ne serais pas dans ce cas. » confie-t-il avec son calme légendaire.

C’est ainsi que, dès ses cinquante ans, Fogan a commencé à investir progressivement dans deux projets : l’installation de deux moulins à maïs à Notse, pour répondre à un besoin local important, et l’aménagement d’un champ de deux hectares dans un village voisin, à une dizaine de kilomètres. Des initiatives simples mais visionnaires.

Le moulin, un service communautaire et une source de revenus

Dans les régions rurales du Togo, le maïs constitue l’un des aliments de base. Le transformer en farine reste une étape cruciale dans la chaîne alimentaire. Pourtant, dans de nombreuses localités, les moulins sont rares ou vétustes. En installant deux moulins modernes à Notse, Fogan a non seulement créé un service essentiel pour la communauté, mais aussi une source de revenus réguliers.

Chaque matin, dès 6h, le ronronnement des moulins attire les femmes des deux quartiers et des villages environnants. Pendant que le maïs se mue en fine farine blanche, Fogan, installé sur un banc en bois à l’ombre d’un manguier, engage la conversation avec les clientes, partage des conseils et discute de la vie locale. Dans chacun des deux quartiers, Il a embauché un jeune meunier du quartier pour faire tourner le moulin au quotidien, se réservant le rôle de superviseur bienveillant.

« Les moulins ne me rendent pas riche, mais il fait vivre six personnes, et moi, je ne m’ennuie jamais. Chaque jour, j’ai le sentiment d’être utile. »

Fogan au champ de soja

Le champ : une thérapie verte

Le deuxième pilier de la retraite de Fogan, c’est son champ. Situé dans un petit village à 10 km de Notse, cet espace de deux hectares est un véritable havre de paix. Il y cultive du maïs, du soja, des bananes et de l’igname — quatre cultures majeures au Togo, tant pour la consommation que pour la vente.

Tous les mercredis et samedis, dès 6 heures du matin, Fogan prend sa vieille moto chinoise, un sac de semences ou d’engrais sur le porte-bagages, et file au champ. Il y passe souvent la matinée entière, entouré de ses employés agricoles, dont il supervise le travail tout en mettant la main à la pâte. « Travailler la terre me calme. C’est mon sport, mon temple et ma thérapie. »

L’igname, qu’il chérit particulièrement, lui rappelle son enfance. « Mon père disait que l’igname, c’est le roi des champs. Quand on en cultive, on est respecté. »

Grâce à une bonne gestion et à la rotation des cultures, Fogan arrive à produire des récoltes intéressantes qu’il vend à des commerçants de Lomé. Une partie des revenus est réinvestie dans l’entretien du champ, le reste permet de couvrir les frais liés aux études de ses enfants.

Une vie de famille harmonieuse

Fogan ne vit pas seul. Il partage sa vie avec son épouse, Akouvi, une ancienne enseignante, aujourd’hui mère au foyer. Ils vivent dans une jolie maison de quatre chambres, entourée d’un petit jardin fleuri. À Notse, la vie suit un rythme doux et naturel. Les soirées se passent en famille, autour d’un plat d’akoumé ou de pâte avec sauce gombo, souvent accompagnées des histoires que Fogan aime raconter des anecdotes de bureau et des fables de sa jeunesse.

Le couple a trois enfants : Kossi, 18 ans, étudiant en gestion à l’université de Lomé ; Abla, 20 ans, en deuxième année de médecine ; et l’ainé, Elom, 23 ans, brillant étudiant en Master de biologie appliquée. Tous les trois sont des étudiants studieux, fiers de leurs origines et reconnaissants envers leurs parents. « Papa nous a montré que la réussite ne se mesure pas seulement au nombre de diplômes ou à l’argent, mais à la paix intérieure et à l’utilité sociale. » déclare Kossi, lors d’un récent retour à la maison pour les vacances.

Un homme ancré dans sa communauté

Outre sa famille et ses activités économiques, Fogan s’implique aussi dans la vie communautaire. Membre actif de l’association des anciens fonctionnaires de Notse, il participe à des causeries éducatives sur la planification de la retraite et prodigue des conseils aux jeunes sur la gestion financière. Il soutient aussi les projets agricoles des jeunes du quartier et incite à l’autonomisation par la terre.

Récemment, il a été approché par la municipalité pour faire partie d’un comité consultatif sur le développement local. Avec sa voix posée et son esprit structuré, il devient peu à peu une figure respectée, voire incontournable de Notse.

Une philosophie de vie basée sur l’équilibre

Ce qui rend Fogan si inspirant, ce n’est pas tant l’ampleur de ses réalisations que leur équilibre. Il a su conjuguer modestie et ambition, productivité et sérénité, enracinement et ouverture. Il ne roule pas en grosse voiture, ne possède pas de compte bancaire à six chiffres, mais il est heureux. Il vit selon ses valeurs, en harmonie avec la nature, en lien avec sa communauté, entouré de ceux qu’il aime.

Quand on lui demande s’il n’aurait pas préféré rester en ville après la retraite, dans le confort d’une grande cité comme Lomé, il sourit doucement : « Le confort n’est pas toujours dans les murs. Il est dans la paix du cœur. À Notse, je me réveille avec le chant des coqs, je salue mes voisins en allant au moulin, je mange ce que je cultive, et, de loin, je suis la progression scolaire de mes enfants. Que demander de plus ? »

Quelle leçon pour les futures générations ?

À une époque où beaucoup de retraités se retrouvent désemparés après leur départ à la retraite, où certains fuient les réalités du pays pour tenter de vivre en exil dans des conditions parfois précaires, Fogan incarne une voie différente. Une voie faite de retour aux sources, de simplicité assumée, de projets locaux, durables et porteurs de sens.

Son parcours nous enseigne qu’il est possible de préparer sa retraite avec lucidité, de vivre utilement après 60 ans, et surtout, de construire une vie à la fois autonome et solidaire.


Et vous, chers lecteurs, comment imaginez-vous votre retraite ? Avez-vous déjà commencé à y penser, à la planifier ? Êtes-vous inspiré par l’exemple de Fogan à Notse ?

Partagez vos réflexions en commentaire. La retraite n’est pas une fin, mais un nouveau départ; autant bien le préparer.

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