Si tu ne sais pas où tu vas, alors retourne d’où tu viens.
Proverbe africain

C’était un dimanche après-midi doux et tranquille dans un petit salon new-yorkais, baigné par une lumière dorée filtrée à travers les rideaux blancs. Autour d’une table ronde, trois jeunes adultes étaient réunis, une tasse de thé ou de café à la main. Miriam, 25 ans, l’aînée, toujours aussi posée et souriante. Ahmed, 23 ans, réfléchi mais parfois tranchant dans ses jugements. Et enfin Said, le benjamin de 21 ans, l’esprit un peu philosophe, souvent en retrait mais toujours profond dans ses réflexions.
Ils venaient tout juste d’apprendre la nouvelle de leur père veuf : à 64 ans, après une carrière bien remplie comme ingénieur aux États-Unis, il avait décidé de prendre sa retraite de manière anticipée. Il veut retourner vivre en Afrique, sur sa terre natale.
“C’est une décision mûrement réfléchie, mes enfants,” leur avait-il dit sur un ton déterminé et calme. “Je ressens en moi l’appel de mes racines. Je veux retrouver la terre rouge, les visages familiers, l’odeur du marché, le chant des oiseaux du matin. C’est là-bas que je veux finir mes jours, dans la paix et la sérénité.”
Ce discours avait soulevé des vagues d’émotion. Et ce dimanche-là, c’est ce sujet qui animait la discussion entre ses enfants chéris Miriam, Ahmed et Said qui ont chacun trouvé un emploi aux Etats Unis.
Le retour en Afrique comme une renaissance
C’est Miriam qui prit la parole la première, avec une voix douce mais ferme :
“Moi, je comprends Papa. Il a sacrifié tellement pour nous offrir cette vie ici. Il a traversé les océans, affronté la solitude, la différence culturelle, le mal du pays. Et maintenant qu’il est libre, qu’il n’a plus de responsabilités professionnelles, il mérite de suivre son cœur.”
Pour elle, ce retour n’était pas une fuite, mais une renaissance. Un besoin d’authenticité, de reconnexion avec ses origines.
“Il a toujours parlé de son village avec amour. Il disait que là-bas, même les silences sont remplis de sens. Et s’il ressent que c’est là qu’il doit aller, c’est à nous de l’encourager. L’Afrique, ce n’est pas un trou noir, c’est une source. C’est sa source.”
Miriam voyait aussi dans cette décision une forme de transmission : leur père leur montrait qu’il ne faut pas craindre de suivre ses intuitions, même quand elles vont à l’encontre de ce que la société attend.
Le retour en Afrique, le saut dans l’inconnu
Ahmed, lui, n’était pas convaincu. Il fronça les sourcils, posa sa tasse de café avec un petit bruit sec, et lança :
“Mais enfin, c’est de l’inconscience. A part quelques brefs séjours en Afrique, il n’a pas vécu là-bas depuis plus de 30 ans ! Il idéalise un passé qui n’existe plus. Les réalités là-bas ne sont pas les mêmes. Les infrastructures, le système de santé, la sécurité… C’est un risque énorme qu’il court.”
Pour Ahmed, leur père oubliait tout ce qu’il avait construit ici : sa maison, ses habitudes, ses amis de longue date. Il ne voyait dans ce projet qu’un geste nostalgique qui risquait de mal tourner.
“Et puis, on fait quoi nous ? Tu imagines s’il tombe malade ? Qui va le prendre en charge ? Et moralement, comment va-t-il vivre loin de nous, ses enfants, ses petits-enfants peut-être ?”
Ce qui dérangeait Ahmed, au fond, c’était cette coupure brutale. Il avait l’impression que leur père les abandonnait, qu’il se retirait du monde familial pour plonger dans une aventure incertaine.
Décision de retour, l’équilibre entre le cœur et la raison
Said, le plus discret, écoutait attentivement. Puis il prit la parole avec une sérénité surprenante :
“Je comprends vos deux points de vue. Miriam voit le cœur, Ahmed voit la raison. Moi, je crois que Papa a ses raisons à lui, et qu’elles sont valables. Il ne nous a pas pris au dépourvu, il a pris le temps de réfléchir. C’est son moment à lui.”
Il reconnaissait que ce départ allait créer une distance physique. Mais il ne le voyait pas comme une rupture, plutôt comme une nouvelle forme de relation.
“Aujourd’hui, on a WhatsApp, les appels vidéo. Il sera loin, oui. Mais il sera heureux. Et un père heureux, c’est un trésor pour ses enfants, même à des milliers de kilomètres.”
Pour Said, il fallait respecter ce besoin de paix intérieure. Leur père avait toujours été là pour eux. Il était temps qu’il soit là pour lui-même.
Trois regards, une même affection
Ce moment de discussion avait révélé la richesse de leur lien familial. Chacun des enfants regardait cette décision avec son prisme personnel : Miriam avec son cœur grand ouvert, Ahmed avec ses inquiétudes rationnelles, Said avec son écoute intérieure.
Mais tous étaient unis par une même affection pour leur père. Même Ahmed, dans sa crainte, agissait par amour. Et c’est ce qui rendait leur échange si authentique.
À la fin de la discussion, Miriam conclut avec douceur :
“Peut-être que ce retour, ce n’est pas seulement pour lui. C’est peut-être un rappel pour nous, que les racines ne s’oublient jamais. Que peu importe où l’on vit, elles nous appellent toujours.”
Et vous, de quel avis êtes-vous ?
Ce genre de décision, en apparence personnelle, touche souvent tout un cercle autour de la personne. Elle soulève des questions profondes sur l’appartenance, la vieillesse, le lien familial et le sens du mot « chezsoi ».
Alors, cher lecteur ou chère lectrice, vous qui êtes peut-être expatrié(e), enfant d’immigré ou simplement sensible à la question du retour aux sources : que pensez-vous de ce choix ?
– Êtes-vous comme Miriam, convaincue que suivre son cœur est la plus belle des libertés ?
– Ou comme Ahmed, inquiet de voir un être cher s’éloigner pour une réalité qu’il ne connaît plus vraiment ?
– Ou encore comme Said, capable de voir au-delà de la distance pour respecter la paix intérieure de son père ?
Partagez vos réflexions en commentaire. Cette histoire n’est peut-être pas seulement celle d’un père et de ses enfants… C’est peut-être aussi un peu la vôtre.
À bientôt pour un prochain post, toujours entre cœur, raison, et racines.